À l’adolescence, votre jeune change rapidement : émotions plus intenses, besoin d’autonomie, questionnements identitaires. Cette période charnière influence directement sa connaissance de soi et sa capacité à faire des choix éclairés, notamment en matière d’orientation scolaire et professionnelle — communément appelé choix de carrière. Pour les parents, le défi est de comprendre ces transformations tout en soutenant le développement des intérêts, aptitudes et traits de personnalité de leur enfant.
Tranquillement, votre jeune laisse derrière lui l’air mignon et innocent de l’enfance et entre cette phase du développement à la fois fabuleuse et périlleuse qu’est l’adolescence. Un peu comme le disait Dorothée dans Le Magicien d’Oz : « Nous ne sommes plus au Kansas. »
Voici donc des pistes concrètes — mais non simplistes — pour aider votre ado à mieux se connaître, renforcer sa maturité décisionnelle et poser des bases solides pour ses futurs choix d’orientation. Je vous propose aussi des moyens d’entrer en relation avec lui.
Dans cet article, vous découvrirez comment :
À l’adolescence, il reste aux jeunes plusieurs dimensions de leur identité à découvrir. Ils cherchent à mieux se connaître à travers leurs expériences et par le regard que les autres portent sur eux. La rétroaction de personnes qu’ils estiment, comme leurs parents, sera naturellement plus importante.
D’ailleurs, 80 % des jeunes considèrent leurs parents comme une source précieuse de soutien1.
En tant que parent, vous êtes donc aux premières loges de son développement et, par votre « lunette », vous pouvez lui offrir un regard singulier sur lui-même, en soulignant des aspects de sa personnalité qui lui sont encore inconnus ou parfois internalisés.
Plutôt que de lui lancer des étiquettes qui risquent de figer son identité (« tu es consciencieux, intelligent, impulsif… »), mentionnez ces caractéristiques dans un contexte concret ou sous forme d’observation de comportements. Par exemple :
En plus de favoriser la confiance en soi, ces observations deviennent alors des repères concrets dans le processus d’orientation de votre ado. En parlant ainsi, on vient souligner le comportement et non la personne. Ainsi, dans le cas de critique, l’action est séparée de la personne en disant « Ce choix était risqué » plutôt que « Tu es irresponsable ».
Attention toutefois : vos rétroactions doivent rester objectives, ce qui est plutôt difficile étant donné qu’il ne s’agit pas d’un contexte objectif. Même à leur insu, les parents peuvent projeter sur leurs enfants des désirs ou des ambitions qui leur sont propres, ou offrent des solutions immédiates pour éviter les erreurs. Ce réflexe, bien compréhensible, traduit le désir de voir son enfant se réaliser pleinement.
Accompagner un adolescent dans la découverte de soi demande donc du recul et l’acceptation qu’il puisse être différent de vous et qu’il puisse créer sa propre version de la vie.
Écouter réellement son jeune, ce n’est pas seulement entendre ses mots. C’est lui permettre de réfléchir par lui-même, à son rythme. Pour réussir l’écoute, il est préférable de lui poser des questions ouvertes, lui laisser de l’espace et accepter les silences. Dans cette posture, vous ne cherchez pas à avoir les bonnes réponses : vous l’aidez plutôt à découvrir les siennes.
Se connaître soi-même est une étape essentielle dans le processus d’orientation, qui viendra soutenir un avenir scolaire et professionnel plus aligné. C’est grâce à la découverte de ses forces, intérêts et valeurs que l’adolescente ou l’adolescent pourra progressivement prendre des décisions — comme un choix de programme d’études — qui lui correspondent vraiment.
Pour les parents, le défi est souvent ailleurs : rester ouverts. C’est reconnaître que votre ado est en train de devenir une personne à part entière, peut-être même bien différente de vous. Votre présence compte plus que vos réponses, surtout dans un processus où il n’existe pas une seule bonne voie.
Pendant que vous écoutez, vous lui transmettez quelque chose de précieux : la capacité de traverser l’incertitude, de trouver ses propres solutions et de réfléchir. Cette dernière favorise une plus grande maturité décisionnelle, essentielle lors des choix d’orientation. Petit à petit, il ou elle apprend à se responsabiliser… et à devenir pleinement acteur de sa vie.
Pour vous guider, voici des exemples de questions à poser :
Un jeune envahi par ses émotions aura plus de difficulté à réfléchir à ses choix ou à se projeter dans l’avenir. Ces émotions peuvent être intenses, changeantes, parfois déroutantes, et peuvent être accompagnées d’impulsivité ou de réactions vives. Dans ce contexte, le jeune a besoin d’être accompagné pour comprendre ce qu’il vit… mais surtout pour se sentir reconnu dans ses émotions. Même lorsqu’elles vous semblent exagérées, elles sont bien réelles pour lui. Les valider, c’est déjà l’aider à s’apaiser.
Lui dire : « Je comprends que tu te sentes comme ça » permet de diminuer sa défensive et d’ouvrir le dialogue. Vous pouvez aussi l’aider à mettre des mots sur ce qu’il vit : nervosité, colère, sentiment d’être perdu, excitation… Nommer les émotions, c’est commencer à mieux les apprivoiser. Pour les jeunes plus discrets, proposez-leur un moyen d’exprimer différemment ce qu’ils vivent, comme de tenir un journal personnel.
Il faut vous rappeler que l’adolescence n’est pas qu’une simple transition, c’est un véritable chantier de construction. Le cerveau du jeune est encore en développement, ce qui influence sa capacité à planifier et à se projeter. En parallèle, il est souvent animé par une forte envie de nouveauté et peut se montrer plus impulsif.
Les émotions peuvent aussi être très intenses, ce qui rend l’image de soi plus changeante et les réactions parfois vives. Par exemple, il peut avoir de la difficulté à se projeter, hésiter fréquemment ou se laisser influencer par ses pairs. Bien sûr, chaque jeune vit cette période à sa manière, mais en gardant ces repères en tête, c’est plus simple pour les parents d’accompagner leur ado avec compréhension.
Il n’est pas nécessaire d’attendre le moment parfait pour être présent auprès de son jeune. Cette présence se vit souvent dans les petits instants du quotidien : en voiture, lors d’un repas, entre deux activités ou au début de la journée. Sans provoquer une discussion formelle, le simple fait d’être là, disponible et accessible, crée un climat propice aux échanges. Il suffit souvent de saupoudrer de petites interventions à différents moments, lorsque le contexte s’y prête.
Être présente ou présent, c’est avant tout se relier au jeune tel qu’il est, dans ce qu’il vit ici et maintenant. C’est offrir une forme de stabilité, une « présence parachute » qui le sécurisera, l’apaisera et lui rappellera que vous êtes là en soutien, sans pression ni attente particulière.
Même avec les meilleures intentions, certaines attitudes — particulièrement celles des parents — peuvent parfois freiner le développement des jeunes : vouloir régler trop rapidement ses problèmes, minimiser ses émotions, donner des conseils non sollicités, comparer avec d’autres ou encore interpréter trop vite ses réactions. Prendre conscience de ces réflexes permet d’adopter une posture plus ajustée, centrée sur l’écoute, la compréhension et l’accompagnement.
À première vue, certains adolescents peuvent sembler immobiles ou désintéressés, comme s’ils se tenaient à l’écart du monde. Pourtant, un véritable processus de transformation est en cours à l’intérieur. Les parents jouent donc un rôle clé dans le développement de la connaissance de soi de leurs ados. Ils contribuent directement à leur processus d’orientation scolaire et professionnelle plus éclairé, favorisant des choix de carrière en cohérence avec leurs intérêts, leurs valeurs et leurs forces.
Références
1. Siegel, D. J. (2018). Le cerveau de votre ado : comment il se transforme de 12 à 24 ans (S. Rolland, trad.). Laval, QC : Guy Saint-Jean éditeur.