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Philo pour enfants: un outil utile, pandémie ou non

6 juillet 2020

Pour plusieurs familles, vivre confinés à cause de la COVID-19 est sans aucun doute source de nombreux défis quotidiens, notamment en matière de relations interpersonnelles. Pensons aux disputes entre enfants (ou même entre parents?), à l’impatience de l’un ou encore à l’irritabilité de l’autre que peuvent vivre les membres d’une même fratrie. Évidemment, émotions fortes et comportements « négatifs » font partie, dans de nombreux cas, de la personnalité des enfants comme des parents, voire de la nature humaine en elle-même. Cela pourra surprendre, mais le contexte de pandémie s’avère une occasion intéressante pour apprendre à se connaître et à s’améliorer comme individu, mais aussi comme famille. Comment? Et si la philosophie pour enfants était la clé? N’ayez crainte, ce n’est pas aussi complexe que ça en a l’air!  

S'interroger sur la pandémie pour développer l’esprit critique

La COVID-19 est sur toutes les lèvres, sur toutes les chaînes d’information, et cela peut être éprouvant émotionnellement pour certains membres de la famille. Toutefois, s’informer et poser des questions forge l’esprit critique. Une information juste permet notamment à la pensée de rationaliser des situations ou des concepts particuliers qui peuvent parfois occasionner du stress. Armé de l’esprit critique, on peut non seulement attaquer les fausses nouvelles souvent alarmistes et pessimistes, mais on peut aussi ralentir des réactions négatives qui, en temps normal, jailliraient momentanément devant une information qui nous affecte.

Favoriser le dialogue

Rassurez-vous, l’esprit critique ne se développe pas qu’en situation de confinement pandémique. Au contraire, n’importe quel sujet peut faire l’objet d’un apprentissage, et ce, en tout temps et à tout âge (désolé d’avance, si jamais vos enfants vous posent mille et une questions!). Un bon outil? Le dialogue!

Le dialogue favorise l’échange, les questionnements, mais surtout, la reconnaissance de l’autre et de son écoute. Dialoguer permet une égalité entre les individus impliqués, sans jugement de valeur : « Je t’écoute et accepte ton opinion; tu m’écoutes et acceptes mon opinion ». Ensemble, il est possible de s’ouvrir à la différence et de débattre dans un respect mutuel. Avec le temps, grâce à l’écoute et à la communication au centre des relations interpersonnelles, il y a des chances que des chicanes spontanées soient évitées.

Cela semble ennuyeux? Et s’il était possible de dialoguer tout en s’amusant? C’est ce que propose le jeu « Expédition sagesse » développé par l’association ÉPhiscience. Il a été conçu avec des enseignants et s’appuie sur des travaux académiques en philosophie pour enfants. Il suffit de télécharger et d’imprimer les composantes du jeu coopératif (qui est sous licence libre). Le jeu s’adresse aux personnes de 8 à 88 ans et permet d’aborder une panoplie de sujets.

Explorer les valeurs de notre société

En invitant les enfants à poser des questions, on leur permet de mieux comprendre la pandémie ainsi que certaines valeurs fondamentales de notre société. Des questions comme « Pourquoi doit-on rester à la maison? » ou « Pourquoi je ne peux pas voir mes grands-parents et mes amis? » permettent, par exemple, d’explorer avec les enfants l’importance accordée à la santé de la population et le fait que le bien-être commun demande parfois certains sacrifices individuels, comme le confinement. Cela représente sans aucun doute un bon moment pour inculquer la notion de devoir comme individu, comme membre d’une famille et d’une collectivité.

Ces interrogations peuvent aussi servir d’occasion pour enseigner l’importance du partage et de l’équité au sein de la société et, par la bande, celle au sein de la famille. En montrant les effets bénéfiques du partage sur les autres, on peut aider l’enfant à prendre conscience du bien-être du groupe, mais aussi de lui-même.

Pour conscientiser son enfant à nos valeurs sociétales, pourquoi ne pas l’inciter à agir? Bien qu’ils aient été pensés pour les enseignants, des outils développés par la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants visent à aider les jeunes à mettre sur pied des projets d’action sociale. Trois versions sont proposées selon l’âge : maternelle 4 ans, 5 à 8 ans et 9 à 12 ans.

Explorer ses émotions

La connaissance de soi est sans doute l’exercice d’une vie entière, alors pourquoi ne pas profiter du temps offert par le confinement pour débuter avec l’exploration des émotions? Avec tout le monde à la maison à temps plein, la vie en famille peut être exigeante et être un terreau fertile pour des conflits émotionnels. Le dialogue (oui, encore cette bibitte!) permet de mettre au jour nos ressentis, grâce au pouvoir du langage. Comme adulte, cela peut sembler évident, mais pour les enfants, il faut parfois les guider sagement.

Pour les plus petits, on peut prendre le temps d’identifier les émotions de personnages de livres. On permet ainsi de verbaliser le tout, ce qui outille l’enfant pour mieux identifier et communiquer ses propres émotions avec de la pratique. Et pourquoi ne pas installer une affiche des émotions sur le frigo ou dans sa chambre? Il est même possible de la créer soi-même, avec l’enfant. Sinon, il existe des jeux, comme La planète des émotions, de l’entreprise québécoise Placote, qui aide à comprendre les émotions des autres. Un enfant qui réussit à identifier rapidement les émotions aura plus de facilité à échanger sainement.

Pour les plus vieux, le dialogue peut s’avérer plus difficile, surtout à l’adolescence. Il est toutefois possible d’inviter son enfant à appréhender autrement ses émotions, notamment pour apprendre à les contrôler. Par exemple, si la maison le permet, on peut réserver une pièce en guise de zone de « retour au calme », où n’importe quel membre de la famille peut se recentrer en toute quiétude. En quittant la pièce, l’enfant sera sans doute plus apte à discuter de la problématique derrière la réaction émotionnelle. S’il est impossible de consacrer une pièce entière à la tranquillité, pourquoi ne pas créer des affichettes indiquant un besoin de solitude? On évite ainsi des frictions inutiles, puisque le besoin personnel a été communiqué par un symbole.

 

Pour terminer, mentionnons que chaque enfant est différent et qu’il n’y a pas qu’une seule et unique voie pour philosopher. Toutefois, développer l’esprit critique ou la connaissance de soi par le dialogue est un bon point de départ. Pour vous appuyer dans l’accompagnement de vos enfants – et qui sait, peut-être aussi de vous-même –, voici des suggestions de ressources utiles en matière de philosophie pour enfants :

La gestion des émotions est un défi chez votre enfant? Le coaching familial du Programme Tremplin peut vous aider.

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